Visite guidée des différentes fontaines de Marrakech : fontaine Mouassine, fontaine Chrob ou Chouf, fontaine « Lalla Houdda Saafia », fontaine Sidi Ben Slimane, fontaine Baraka de Mahomet , fontaine de la Qoubba Almoravides et la fontaine carrelée de Sidi Bel Abbes.
La découverte des sept fontaines historiques de la Médina de Marrakech permet de s'imprégner des goûts, des priorités, de la puissance des principales dynasties qui ont régnées sur Marrakech au cours des 900 dernières années. Au détour d'une rue ou d'une venelle, on se trouve face à l'énigmatique héritage d'un passé révolue où seul subsiste la maîtrise architecturale déployée par les maîtres artisans de la ville ocre.
La fontaine Mouassine, la plus vaste…
Anciennement ce quartier était celui de la communauté juive. Afin de le réhabiliter, le sultan saâdien Abdallah Al-Ghalib Billah ordonne la construction d’un vaste complexe religieux et socioculturel. L’ensemble est bâti d’un seul jet entre le 31 août 1562 et le 21 août 1563. Il comprend une mosquée à prône, un hammam, une bibliothèque, une medersa (supplantée plus tard par une école coranique ou msid), des latrines et bien sûr une fontaine. Cette dernière est de plan rectangulaire et mesure 18m10 de longueur et 4m70 de profondeur. Bâtie d’après le prototype de la fontaine de l’Almoravide Ali Ben Youssef du XII ème siècle (voir plus loin), elle offre trois grande baies ouvertes et se compose de trois bassins abreuvoirs ainsi que d’une fontaine murale. Deux bassins étaient réservés aux animaux comme abreuvoirs, celui du centre étant un réservoir d’eau. La fontaine proprement dite était réservée aux humains.
Aujourd’hui les bassins ne sont plus et sous les arcades seules trônent quelques mobylettes. Un robinet laisse toujours couler l’eau tandis que l’ensemble du bâtiment est ceint d’une clôture depuis 1981. Celle-ci accueille de temps en temps des expositions de peintres.
D’un point de vue architectural, la façade de la fontaine est coiffée par une corniche en plâtre, probablement tardive. Le bassin réservé aux humains est, quant à lui, coiffé d’un élégant auvent de bois de cèdre sculpté et peint, haut de 1m96 et surmonté de tuiles vertes vernies. Sur le mur intérieur, on peut y lire un verset du Coran en écriture coufique. Le reste de la décoration, sur plâtre et bois, se compose de calligraphies en caractères cursifs ou coufiques, de décors floraux, de consoles à muqarnas (stalactites), d’arcatures, de frises, de colonnettes, de corbeaux, etc.
La fontaine Mouassine a été restaurée en 1992.
Comment s’y rendre ?
De la place Bab Fteuh, juxtaposée au nord de Jemâa El Fna, prendre la rue Mouassine et la remonter jusqu’à la mosquée Mouassine. La fontaine est au nord de la salle d’ablutions de la mosquée, à vingt mètres sur la droite, près de l’entrée du souk des teinturiers.
La fontaine Chrob ou Chouf, la plus majestueuse…
La fontaine Chrob ou Chouf est élevée sous le règne de Ahmed El-Mansour (1578-1603), le dernier Saadiens, dont le royaume s’étendait jusqu’à Tombouctou et Gao (Mali). Celui-ci avait établi sa cour impériale à Marrakech et ornait la ville de nombreuses constructions grâce au commerce saharien dont il avait la maîtrise. Fidèle à la gloire de son commanditaire, « Chrob ou Chouf » ne pouvait être que resplendissante. De dimension petite, la fontaine se compose à la base seulement d’une loggia abritant une auge en maçonnerie. En revanche l’étage supérieur s’étire vers le ciel, d’une dimension et d’une décoration impressionnante. Des consoles en muqarnas supportent en encorbellement un immense linteau en cèdre sculpté. Le couronnement, en cèdre également est exécuté sous forme de nid d’abeille, le tout couvert d’un toit en pente revêtu de tuiles vertes vernies. Les inscriptions sur le linteau sont des calligraphies andalouses, en caractères cursifs ou coufiques, semblables à celles de Mouassine.
Une d’entre elle à donner son nom à la fontaine. Elle invite le passant à « boire et regarder » (en arabe chrob ou chouf). C’est très certainement un pléonasme puisqu’en arabe le mot aïn désigne à la fois l’œil et la source. Ne buvez pas mais vous pouvez regarder…
Le 25 septembre 2000, la duchesse Von Habsbourg, présidente d’Art Restauration of Cultural Héritage (ARCH) inaugura la fontaine, remise à neuve.
Comment s’y rendre ?
S’engager dans la rue à gauche de la mosquée Ben Youssef. En fin de rue, prendre à droite. La fontaine est avant le débouché sur la rue Bab Taghzout.
La fontaine « Lalla Houdda Saafia » ou de Bab Doukkala…
Oeuvre de restructuration d’un ancien quartier, le complexe Mouassine avait atteint son but comme le constate plus tard un chroniqueur marocain du 17ème siècle : « Cette mosquée est devenue, dit-il, le centre autour duquel tourne la médina. » Désormais d’autres complexes du même genre allait suivre tel celui de Bab Doukkala, édifié à la fin du XVI ème siècle. La fontaine de Bab Doukkala, construite presque à l’identique de la fontaine Mouassine, date donc également de l’époque sadienne. Elle porte la patronyme d‘une femme qui était reconnue très pieuse et très juste, « Lalla Houda Saafia ».
Son architecture est similaire à celle de la fontaine Mouassine, quoique moins richement décorée. Aujourd’hui trois grandes portes en bois ferment les anciennes baies où les animaux venaient s’abreuvaient. Une grille protège l’accès à la fontaine, fermée depuis la fin des années 90. En outre, on peut remarquer sur le mur intérieur des traces noires. Elles sont dues aux bougies que les femmes viennent déposer certains soirs. Dans l’imaginaire populaire, la fontaine conserve un rôle bienfaiteur et reste un symbole. Que les bougies veillent la fontaine, c’est assurer la pérennité de l’eau et donc de la vie, en ce site insensé.
Comment s’y rendre ?
Par la porte Bab Doukkala (à côté de la gare routière), prendre tout droit par la rue Fatima Zohra qui se prolonge par la rue Bab Doukkala. La fontaine est sur le côté de droit, peu après, en proximité de la maison du wali.
La fontaine Sidi Ben Slimane, aux figures géométriques merveilleuses…
Mohamed Ben Slimane el-Jazouli était un grand mystique du XIVème siècle et aujourd’hui un des sept saints patrons enterrés à Marrakech. Il a donné son nom à la fontaine ainsi qu’au quartier où elle est située.
La fontaine est modeste par sa taille. Avec l’entrée de la mosquée Sidi Ben Slimane qui est juxtaposée, elles sont comprises dans une même structure architecturale. Les façades extérieure et intérieure sont entièrement ornées de zelliges, les mosaïques typiques de la décoration marocaine. Ceux-ci sont constitués de petits carreaux, losanges ou étoiles, découpés dans des dalles en terre cuite émaillée puis assemblés afin de créer des motifs répétés à l’infini. Surplombant la loge, des colonnettes en plâtre garnies d’arabesques gravées encadrent un auvent en bois avec bandeau épigraphique et consoles à muqarnas. Elles supportent une corniche, avec l’aide de modillons également en bois de thuya. A l’intérieur de la fontaine, au-dessus des zelliges une frise en plâtre ciselé d’arabesques réceptionne la voûte. Cette dernière est ornée d’une quantité impressionnante d’étoiles, de cercles, de carrés, d’octogones et de pentagones polychromes, peints sur un bois verni.
L’architecture de la fontaine Sidi Ben Slimane fait penser qu’elle est vraisemblablement l’œuvre des saâdiens.
Comment s’y rendre ?
Situé dans les quartiers nord de la médina, où les touristes se font rares, la fontaine se trouve au détour d’une ruelle, contournant la zaouïa de Sidi Ben Slimane.
La fontaine Baraka de Mahomet ou de Riad ez Zetoun…
La fontaine Baraka de Mahomet est relativement petite et diffère grandement des fontaines saâdiennes. Elle n’en possède pas leur majesté mais son architecture différente renforce son charme. La fontaine Riad ez Zitoun est entièrement revêtue de stuc, qui est plus ou moins d’origine. Le stuc consiste en un mélange de plâtre, de poudre de marbre et de blanc d’œuf. Le jaune d’œuf est quant à lui mélangé avec du savon noir. On obtient un enduit qui protège et colore le stuc. Ce procédé a été utilisé et appliqué pour la fontaine, lui donnant ainsi une couleur ocre douce. De plan carré, celle-ci est ouverte par un arc en ogive outrepassé. Sur le mur intérieur qui compte une auge en maçonnerie, une inscription coufique, peinte et gravée dans le stuc, donne son nom à la fontaine : « La baraka (force) de Mahomet ». A l’intérieur un bandeau circonférique déroule un poème arabe, faites de calligraphies au rouge pourpre. Il en va de même sur la façade extérieure qui compte également un poème berbère. On repère de loin cette fontaine grâce à la rangée décorative de son toit en tuiles vertes.
Les poésies nous prédisent les pensées des hommes qui vont venir s’abreuver, nous évoquent le souvenir d’un marabout, etc. Une calligraphie nous renseigne également sur la date de construction de la fontaine : en l’an 1254 du calendrier de l’Hégire, soit en 1834 pour notre calendrier grégorien.
Comment s’y rendre ?
En partant de Jemâa El Fna, aller à la préfecture qui se situe au sud est, rue Riad ez Zitoun el-Jdid. Passer devant et prendre à gauche la rue de la Bahia. Vingt mètres après le musée Tiskiwin, il y a un embranchement sur la gauche ; la fontaine est dans l’angle.
La fontaine de la Qoubba Almoravides, la plus ancienne…
La fontaine de la Qoubba n’a pas encore eu le droit à une rénovation et il n’en subsiste que des ruines. Mais ne boudons pas notre chance parce qu’avant 1955 elle était enterrée! C’est une des premières fontaines de Marrakech, et c’est désormais la plus ancienne qui nous ai donné d‘admirer. La Qoubba était avant tout le lieu des ablutions pour la mosquée Ben Youssef. Elle constituait également le centre hydraulique du Marrakech de l‘époque. En plus d’un bassin aux ablations, celle-ci comprenait une citerne, des latrines et la fontaine. L’édifice est une commande de l’Emir Ali Ben Youssef, deuxième des Almoravides, tout comme la mosquée qui a gardée son nom. La Qoubba remonte donc au début du XIIème siècle, c’est à dire aux origines de la ville. C’est afin de l’alimenter que le système des Khettaras a été mis en place.
Le plan barlong de la fontaine a servi de modèle pour la fontaine Mouassine. En revanche la fontaine ne comptait que trois compartiments, ouverts par trois arcs outrepassés. Deux arcades de même type divisaient l’intérieur tandis que la couverture en voûte était réalisée à partir de pierres de Guéliz. La fontaine disposait de cinq auges : une par compartiment et les deux autres collées aux façades extérieures de la fontaine. Ces deux dernières servaient d’abreuvoir aux montures et autres animaux, tout comme l’un des bassins intérieurs. Les auges communiquaient entre elles par des conduits et étaient reliées à la citerne de la Qoubba. Des petits orifices en bronze dans les murs en sont encore la preuve.
Comment s’y rendre ?
En face de la mosquée Ben Youssef, à l’intérieur de la Qoubba (entrée payante).
La fontaine carrelée de Sidi Bel Abbes…
Sidi Bel Abbes (XII ème siècle) est le plus célèbre des saints de Marrakech. Ancien enseignant entièrement dévoué à l’Islam, il secourait les mendiants et les aveugles. Le complexe religieux qui porte son nom s’est édifié en différentes époques. Alors que la medersa et la mosquée date de 1605, la fontaine et la zaouïa (couvent où les disciples s’adonnent à la prière, aux incantations) sont plus anciennes.
La façade de la fontaine Sidi Bel Abbes, couverte de stuc, s’étire sur cinq arcs outrepassés qui permettent l’entrée dans la fontaine. Le sol est entièrement tapissé de zelliges tandis que des poutres ressortent du plafond. Une rangée de tuiles apparentes décore la partie supérieure de la façade extérieure, en plâtre sculpté. L’accès est protégé d’une grille ouvragée.
L’actuelle apparence de la fontaine est due à sa récente restauration, elle ne distribue cependant plus d’eau.
Comment s’y rendre ?
Au nord de la médina, le quartier de Sidi Bel Abbes, peu fréquenté par les touristes, est accessible par la porte Bab Khémis. Suivre la rue Sidi Ghalem, jusqu’à ses fins, dans des ruelles tunnels qui débouchent sur le complexe religieux de Sidi Bel Abbes.



