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Minbar de la Koutoubia

Dans l’angle nord-est du palais El Badi, une annexe à celui-ci abrite un des fleurons de l’art hispano-mauresque en terme de sculpture sur bois et marqueterie : l’ancien minbar de la mosquée de La Koutoubia.

Le minbar est une chaire à prêche en bois (de cèdre généralement) abritée dans un réduit aménagé à droite du Mihrab de la mosquée. Elle est utilisée pour la prière du vendredi. En ce jour, l’imam la gravit et de là, il prononce le sermon.

D’ordinaire, les minbars sont munis de roues et montés sur rails. Des cordages permettent de faire avancer la chaire sur ses rails. Le Minbar de La Koutoubia se véhiculait lui par un autre système dont il a conservé le secret. En effet, dans la salle où il trône, interdiction est faite de le contourner, ne serait-ce pour apercevoir ce qu’il cachait… Soit! De toute façon, face à cette « oeuvre de perfection » (pour reprendre les terme d’un chroniqueur du XIVème siècle à son usage), notre curiosité est davantage éveillée par l’entremêlement des figures géométriques et motifs floraux qui habillent le minbar comme seule une longue tradition andalouse de sculpture et marqueterie pouvait le faire. Chacun de ses flancs est orné d’une frise, avec bandes en or et bois coloré, qui s’enchevêtre en multiples figures géométriques et sépare des centaines de petits panneaux très richement sculptés.

Les contremarches et le dossier s’ornent également de panneaux, ceux-ci sculptés en motifs végétaux. Des inscriptions en bande sont gravées sur les montants extérieurs des marches en une écriture coufique qui figure parmi la plus belle de tout le Maroc. Des versets du Coran y sont transcris de même que quelques éléments historiques. Ils nous révèlent que la construction de la chaire s’est effectuée à Cordoue, et qu’elle a débutée le premier du mois Mouharran (nouvel An) en l’an 532 de l’Hégire (c’est à dire le 19 septembre 1137). Le nom du commanditaire, le sultan Almoravide Ali Ben Youssef, est également mentionné.

En faite, l’histoire du minbar a été quelque peu mouvementée suite à sa création. Huit ans plus tard, il fut achevé et transporté pièce par pièce à Marrakech où il fut remonté. Il est ensuite installé dans la mosquée d’Ali mais en 1147, les puritains Almohades entrèrent dans Marrakech et ordonnèrent la destruction totale de la mosquée (le mihrab n’était, semblait-il, pas orienté vers La Mecque…) excepté le minbar, œuvre bien trop admirable pour être saccagée. Il est donc remonté sur la nouvelle mosquée de La Koutoubia, et ce pour plus de huit siècles. Depuis 1962, il réside au palais El Badi et a eu le droit à une remise à neuf.

Ajoutons que dans les interstices des gravures, de l’or y était incrusté. De la sorte, le minbar paraissait briller de l’intérieur, au travers de ses ornements. Mais l’image d’une origine divine de l’ouvrage était principalement mise en valeur par son mécanisme d’apparition. En faite, lorsque la porte s’ouvrait, un système dissimulé de cordages avec contrepoids permettait au Minbar d’apparaître sans bruit, comme par magie… Le secret est révélé.

Par la qualité de sa décoration, l’ornement de ses contremarches, sa calligraphie coufique, le minbar de La Koutoubia éclipse tous les autres minbars qui l’ont précédé ou qui ont tenté sans succès de le copier, et constitue par là une pièce unique, preuve incontestable du savoir-faire andalou au XIIème siècle.

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