Trekking dans l'Atlas et ascension du Toubkal
À une heure et demie de Jemaa el-Fna, la route bute sur Imlil, 1 740 mètres, dernier village avant les sentiers. De là, on marche une matinée dans les vallées berbères, plusieurs jours de village en village, ou l'on vise le Toubkal, 4 167 mètres, plus haut sommet d'Afrique du Nord. Trois engagements sans commune mesure : voici comment choisir le vôtre.
Le Haut Atlas commence à une heure et demie de Marrakech, et l’on n’en soupçonne pas la brutale beauté avant d’y être. Passé Imlil, la route s’arrête et les sentiers prennent le relais, vers des sommets qui frôlent les 4 000 mètres. Trois façons de s’y engager, qui n’exigent ni le même niveau ni la même préparation - et qui, chacune, renvoient vers nos fiches pour réserver.
Trois façons de marcher dans l’Atlas depuis Marrakech
Tout part le plus souvent d’Imlil, le village-camp de base à 1 740 mètres, au bout de la route depuis Marrakech. De là, trois formats se distinguent.
La randonnée à la journée : quelques heures de sentier autour d’Imlil ou dans une vallée voisine, sans altitude extrême, pour goûter à la montagne sans s’engager. C’est l’esprit de la vallée d’Imlil, la porte d’entrée accessible du massif.
Le trek de villages berbères : deux ou trois jours de marche de hameau en hameau, entre terrasses, noyers et cols. Pas de sommet à 4 000 m, mais de belles étapes, le tajine du soir sous la lampe à gaz et une nuit chez l’habitant.
L’ascension du Toubkal : le grand objectif, deux à trois jours pour atteindre le toit de l’Afrique du Nord. C’est un trek exigeant, pas une promenade - on y revient plus bas. Pour les formules et les prix, voyez notre fiche Ascension du Toubkal.
L’ascension du Toubkal, toit de l’Afrique du Nord
Le Toubkal (4 167 m) est le point culminant de l’Afrique du Nord - et non de l’Afrique, raccourci fréquent : le Kilimandjaro, bien plus haut, est ailleurs. Le format classique tient en deux jours. Le premier, on monte d’Imlil au refuge du Toubkal, vers 3 207 mètres, où l’on passe la nuit. Le second, on part à l’aube, de nuit et à la frontale, pour toucher le sommet au lever du jour, puis l’on redescend. Une version en trois jours ménage une acclimatation plus douce - et, franchement, c’est celle que nous conseillons : l’altitude ne se force pas.
Ce qui rend l’ascension exigeante, ce n’est pas la technique - l’été, aucun passage d’alpinisme - mais le dénivelé (plus de 2 400 mètres depuis Imlil) et l’altitude. Au-dessus de 3 000 mètres, maux de tête, fatigue et souffle court guettent ceux qui montent trop vite ; c’est là qu’un guide expérimenté sait ralentir le pas. Beaucoup sous-estiment cet effort : le Toubkal se mérite.
Le refuge d’altitude : Toubkal (CAF) ou Les Mouflons
On dit « le refuge », il y en a deux, côte à côte à 3 207 mètres, cinq heures de marche au-dessus d’Imlil - et le choix n’est pas neutre. Le Refuge du Toubkal, dit Neltner, tenu par le Club alpin français, est le plus petit et surtout le mieux chauffé : une cheminée dans la salle commune, un vrai atout en demi-saison et en hiver ; en revanche, dortoirs serrés et sanitaires au sous-sol. Comptez 25 à 30 € la nuit (5 € de moins avec la carte du Club alpin), demi-pension autour de 35 à 45 €. Les Mouflons, tenus par une équipe marocaine, sont bien plus grands et aérés, avec une terrasse panoramique jusqu’à Oukaïmeden et, en plus des dortoirs, des chambres individuelles et familiales ; leur unique cheminée chauffe toutefois moins par grand froid. De l’ordre de 280 dirhams la nuit en dortoir, demi-pension comprise (à confirmer en direct). En clair : par temps froid ou pour le plus sobre, le CAF ; pour l’espace, une chambre à soi ou le coucher de soleil sur la terrasse, les Mouflons. Réservez, surtout d’avril à octobre, les deux affichant complet en pleine saison.
Un guide de montagne est obligatoire
C’est le point à connaître avant tout : depuis 2019, à la suite du drame de décembre 2018, il est interdit de gravir le Toubkal sans être accompagné d’un guide accrédité, quels que soient votre expérience et la saison. La Gendarmerie royale effectue des contrôles réguliers, notamment après le village d’Aremd, sur le sentier du sommet. N’espérez pas monter en autonomie sur la voie normale.
Reste à bien choisir son guide. La vraie qualification marocaine est le diplôme du CFAMM de Tabant, dans la vallée des Aït Bouguemez - à ne pas confondre avec un diplôme français d’alpinisme, qui n’est pas la référence locale. Un guide sérieux détient une carte professionnelle (nom, photo, numéro) qu’il peut montrer ; passer par le Bureau des guides d’Imlil, ou par une agence qui nomme son guide et son numéro de carte, écarte l’improvisé. Bon signe complémentaire : des muletiers affiliés au programme AMI-SPANA, qui encadre les soins vétérinaires des mules d’Imlil. Au-delà de la loi, un bon guide est une protection réelle : il lit la météo, ralentit le pas au bon moment et repère les premiers signes du mal d’altitude.
Au-delà du Toubkal : les alternatives moins courues
La voie normale du Toubkal est devenue une autoroute : l’obligation de guide y canalise presque tout le monde, et l’été, le sentier Imlil - Sidi Chamharouch - refuge comme les dortoirs sont bondés. On croise d’ailleurs, à mi-chemin, le mausolée blanc de Sidi Chamharouch, lieu de pèlerinage berbère perché au-dessus de l’oued. Trois contre-programmes, nommés et bien plus calmes.
La vallée d’Azzaden, à l’ouest du massif, est la plus douce : trois à quatre jours faciles à modérés, cultures en terrasses, noyers, villages de pisé rouge et gîtes berbères, avec en prime les cascades d’Irhoulidene - une cinquantaine de mètres, les plus hautes du massif - au-dessus des azibs de Tamsoulte. Pour transformer l’aller-retour bondé en boucle, on passe par le refuge Lepiney, sous les falaises de Tazaghart, à l’écart de l’axe classique : on rejoint ensuite le refuge du Toubkal par un autre versant, sans refaire deux fois le même sentier. Côté sud enfin, le lac d’Ifni, grand lac dans un cirque glaciaire vers 2 300 mètres où l’on peut se baigner, s’atteint depuis Amsouzart, un versant bien moins fréquenté que celui d’Imlil et souvent intégré à une traversée de plusieurs jours.
Un mot pour les marcheurs déjà acclimatés et à l’aise sur le rocher : l’Ouanoukrim (Timesguida 4 089 m, Ras n’Ouanoukrim 4 083 m), deuxième et troisième sommets du massif, offre une vue imprenable sur le Toubkal. Attention, ce n’est pas une option plus facile : le passage demande de mettre les mains, il est coté difficile - un cran au-dessus de la voie normale, pas en dessous.
Quand partir
Pour l’ascension en conditions estivales, la saison va d’avril à novembre, avec une réserve en août, plus orageux. Le sentier est alors rocailleux mais sans neige, et l’effort reste « seulement » physique.
De décembre à mars, le Toubkal se couvre de neige : la montée devient une course d’alpinisme, qui demande crampons, piolet et un encadrement adapté. Superbe, mais réservé aux personnes équipées et expérimentées - ce n’est plus de la randonnée.
Pour les treks de vallées et de villages, le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-novembre) sont idéaux : douceur, terrasses vertes, cols dégagés. Les basses vallées restent d’ailleurs praticables toute l’année, l’hiver excepté sur les hauteurs.
Deux nuances utiles. Côté affluence, l’été est la saison la plus fréquentée, sentiers et refuges pleins ; l’automne offre une météo stable, fraîche et nettement moins de monde - c’est notre fenêtre préférée pour l’ascension. Et si votre séjour tombe pendant le Ramadan (dates glissantes, autour de février-mars selon l’année), sachez que guides et muletiers jeûnent du lever au coucher du soleil : le rythme est un peu plus lent, les dîners sont servis après la rupture du jeûne, mais les programmes sont maintenus. On ne vous demande pas de jeûner, seulement d’éviter de boire, manger ou fumer devant l’équipe en journée.
Quel niveau, et comment se préparer
L’ascension demande une bonne condition physique et l’habitude de marcher plusieurs heures en montée : cinq à sept heures d’effort par jour, sac au dos, sur deux jours. Ce n’est pas un exploit d’athlète, mais une longue journée d’effort à l’altitude.
Trois conseils avant de partir : entraînez-vous un minimum à la marche en dénivelé ; ménagez l’acclimatation en choisissant plutôt le format en trois jours ; et soyez honnête sur votre niveau au moment de réserver. Les treks de villages, eux, restent accessibles à tout marcheur régulier.
Ce qu’il faut emporter
On a vu des gens monter en baskets de ville ; ils sont redescendus avant le refuge. Même encadré, le Toubkal se prépare :
- De bonnes chaussures de marche montantes, déjà faites à vos pieds.
- Des couches : chaud en bas, froid au sommet, même l’été où le vent est glacial à l’aube.
- Un coupe-vent ou une veste imperméable, un bonnet et des gants pour le sommet.
- Lunettes de soleil, crème et chapeau : à l’altitude, le soleil cogne.
- Une frontale pour le départ de nuit, de l’eau en quantité, de quoi grignoter.
- L’hiver, crampons et piolet (fournis par l’encadrement) sont indispensables.
Au refuge, les couvertures sont fournies, mais un drap-sac est appréciable. Le reste (tente pour les treks, repas) est en général pris en charge par l’agence.
Réserver un trek ou l’ascension
Nous ne vendons pas les treks : la réservation se fait auprès d’agences et de guides locaux, via notre partenaire. Pour comparer les formules d’ascension du Toubkal (2 ou 3 jours) et les treks de villages berbères, et connaître les prix, rendez-vous sur notre fiche dédiée :
→ Ascension du Toubkal et treks de l’Atlas
Si vous préférez découvrir la montagne sans viser le sommet, commencez par la vallée d’Imlil, la plus accessible, ou par une vallée voisine comme l’Ourika. Et pour caler vos dates, voyez quand partir à Marrakech.