Shopping dans les souks de Marrakech : le guide
Au souk des teinturiers, des écheveaux de laine safran et cramoisi sèchent tendus au-dessus de la ruelle. Trente mètres plus loin, on ne teint plus, on martèle le cuivre. Rien n'est en vrac dans les souks de Marrakech : chaque métier tient sa ruelle. Savoir les lire, et marchander sans se faire avoir, change une flânerie subie en vrai plaisir d'achat.
À l’entrée du souk des teinturiers, la laine sèche par brassées au-dessus de la ruelle, safran, indigo, garance. Poussez de trente mètres et l’odeur change : on est chez les dinandiers, où le cuivre résonne sous le marteau. C’est ça, les souks de Marrakech - pas un grand bazar fourre-tout, mais un labyrinthe rangé par métier, héritage de l’organisation médiévale, où l’odeur prévient souvent avant l’écriteau. Faire son shopping dans les souks de Marrakech, c’est d’abord savoir où aller pour quoi, ce qui mérite d’être rapporté, et comment marchander sans laisser sa chemise.
La carte des souks : chaque métier, sa ruelle
On entre par le souk Semmarine, l’artère couverte qui monte au nord depuis Jemaa el-Fna - la seule assez large pour croiser deux ânes chargés. De là, les ruelles filent par spécialité. Le cuir se travaille au souk Cherratine, en aval des tanneries de Bab Debbagh où les peaux trempent encore dans les cuves. Le cuivre et le laiton brillent au souk el-Attarine, le fer se martèle chez le voisin souk Haddadine, qui aligne aussi ses lanternes.
Plus loin, les babouches s’empilent par centaines au souk des babouches, les laines et soies teintes sèchent au souk des teinturiers, et les épices montent en pyramides sur la place Rahba Kedima, où l’on crie encore les tapis à la voix en fin d’après-midi. Pour le détail de chaque ruelle, voyez notre panorama des souks.
Ce qui vaut d’être rapporté
Le bon souvenir, c’est celui qu’on utilise en rentrant, pas celui qui prend la poussière. Notre tri :
- Le cuivre et le laiton viennent en tête : une théière, un plateau gravé, un service à thé servent une vie entière. Visez le ciselé à la main, plus lourd et plus durable que le repoussé mécanique vendu au passant.
- Les babouches, mais en cuir et jamais en tissu : autour de 120 à 200 dirhams la paire simple une fois négociée, davantage pour les modèles brodés.
- La maroquinerie (sacs, ceintures, poufs) se juge au toucher : pliez le cuir, sentez-le, pour démasquer le synthétique.
- Les lanternes en fer ou laiton ajouré, de 100-250 dirhams pour une petite en aluminium à bien plus pour une belle pièce.
- Les épices et senteurs - ras el-hanout, cumin, thé, eau de fleur d’oranger - à acheter en petite quantité et à goûter si possible.
Pour les cosmétiques (huile d’argan, savon noir, eau de rose), et surtout pour éviter les contrefaçons, voyez notre guide de l’huile d’argan. La poterie et la céramique, enfin, sont superbes mais fragiles au transport : à emballer sérieusement.
Acheter un tapis à Marrakech
C’est l’achat le plus convoité, et le plus miné. Quelques repères.
Trois grandes familles reviennent. Le Beni Ouarain, épais, laine crème à losanges noirs, très prisé en déco et chaud l’hiver. Le kilim, tissé plat, à motifs géométriques. Le boucherouite, bariolé, fait de chutes de tissu recyclées, chaque pièce unique. S’y ajoutent l’Azilal, coloré sur fond clair, et le Zanafi, sobre en noir et blanc.
Pour distinguer le vrai, retournez le tapis : les nœuds serrés et réguliers ne trompent pas. La laine naturelle est douce et résistante, un peu irrégulière, et sent la laine sans relent chimique. Un tapis « ancien » ou « de collection » au prix gonflé ? Neuf neuf fois sur dix. Quant au prix, il varie du simple au triple selon l’échoppe pour un même Beni Ouarain de 2 × 3 m : renseignez-vous avant, comparez plusieurs vendeurs, et souvenez-vous que le premier chiffre annoncé plane très au-dessus du réel. Les coopératives affichent des prix plus transparents, en échange d’un choix souvent moins large. Pour l’expédition d’un grand tapis, exigez un devis écrit plutôt qu’une promesse.
Marchander sans se faire avoir
Presque tout se négocie, et c’est un jeu autant qu’une transaction. Regardez d’abord, sans montrer votre envie - un œil qui s’allume fait monter le prix. Demandez le tarif, proposez autour de la moitié, puis remontez par petits pas, le sourire en bandoulière : le ton compte plus que les chiffres. Sachez surtout partir. « Non merci » et trois pas vers la sortie suffisent souvent à faire redescendre le prix - on vous rappelle. Fixez-vous un plafond à l’avance et n’achetez que ce que vous vouliez vraiment ; marchander « pour voir » puis renoncer, c’est le seul vrai impair.
Acheter sans marchander : prix fixes et hors-souk
Le marchandage est un jeu, mais il épuise, et tout le monde n’a ni le temps ni l’envie de le jouer. Il existe des points de chute à prix affichés, sans négociation - utiles au visiteur pressé, intimidé, ou qui veut une qualité sûre.
Le plus complet est Sidi Ghanem, la zone industrielle au nord (une dizaine de minutes en taxi), devenue le quartier du design marocain contemporain : showrooms de déco, céramique, mode et concept-stores, en boutiques climatisées. C’est l’anti-souk, commode aussi les jours de canicule (fermé le dimanche). On y trouve des maisons connues comme Chabi Chic (art de la table, céramique) ou LRNCE, l’atelier de Laurence Leenaert (textiles et céramiques peints à la main), et de plus discrètes comme Côté Bougie ou Héritage Berbère pour les parfums. Nous lui consacrons une fiche : le quartier Sidi Ghanem.
En ville, deux adresses rendent le même service. 33 Rue Majorelle, le concept-store face au Jardin Majorelle, réunit plus de cent créateurs marocains sur deux étages, à prix fixes, tous les jours - le point de chute « qualité garantie » à combiner avec la visite du jardin. Et l’Ensemble Artisanal, avenue Mohammed V à cinq minutes de Jemaa el-Fna, est la galerie d’État où l’artisanat se vend à prix affichés, sans rabatteur : cuir, bois, poterie, cuivre et textile sous un même toit. On y passe d’abord, même sans rien acheter, pour se faire l’œil sur les prix justes avant de plonger dans le souk.
Pour un tapis sans jouer au marchandage à l’aveugle, Soufiane Zarib (showroom près de Dar el Bacha) est une adresse de conseil plus que de rabais : deuxième génération de marchands, on vous oriente vers la bonne pièce - Beni Ouarain, vintage berbère, nattes touareg - sans la pression du souk. Le prix se discute encore, mais la relation change.
Un dernier rendez-vous, spectacle plus qu’achat : la criée aux tapis de Rahba Kedima, chaque fin d’après-midi vers 16 h. Les tapis passent de main en main, criés à la voix en arabe et en berbère, vendus aux enchères aux revendeurs. On vient regarder cette tradition, pas acheter à l’aveugle - c’est l’un des plus beaux moments du souk.
Les pièges à connaître
- Le « guide » spontané. Quelqu’un propose de vous montrer « une coopérative » ou « le meilleur atelier » : il touche une commission ajoutée à votre note, sans garantie de qualité. On décline poliment.
- Les matières truquées. Cuir contre similicuir, laine contre acrylique, « argent » contre métal blanc : vérifiez vous-même.
- Le faux safran. Vendu à bas prix, c’est presque toujours du carthame, la couleur sans le goût ni le prix. Le vrai safran est cher ; l’affaire est le piège.
- La fausse rareté. « Dernière pièce », « prix spécial pour vous », « mon cousin ferme boutique demain » : autant de ressorts de vente. Prenez le temps.
Nos conseils pratiques
Venez avant 10 h ou après 17 h : moins de foule, meilleure lumière, marchands plus disposés à discuter. Prévoyez des espèces - beaucoup d’échoppes refusent la carte, et le liquide aide à négocier ; retirez avant de plonger dans la médina. Notez un point de repère (Semmarine, Jemaa el-Fna) et acceptez de vous perdre un peu, c’est le jeu. Le meilleur achat, au fond, reste celui qu’on a choisi, pas celui qu’on vous a vendu.